Histoire de la raquette

Introduction

Pratiquer la raquette à neige dans les plus beaux décors hivernaux procure un bien-être immense pour le corps et l'esprit. La simplicité de ce sport en fait le sport d’hiver le plus facile de tous, car si vous pouvez marcher, vous pouvez « raquetter ».

De toutes les inventions, car c'en est une, créées par l'homme pour se mouvoir dans la neige, aucune autre ne peut être à la fois aussi simple et efficace. C'est probablement pourquoi il aura fallu attendre 8 000 ans avant que s’opère une révolution technologique considérable, soit la venue, dans les années 1980, de raquettes en aluminium et en composites munies de crampons.

Le récit historique de cette prodigieuse invention portera sur l'histoire nord-américaine, principalement celle de l'est du Canada, car celle-ci est richement documentée. Il sera intéressant de constater qu'il aura fallu attendre plusieurs millénaires avant que la raquette devienne un accessoire sportif.

« L'homme blanc a toujours tenté de déplacer la neige ou de la contourner alors que l'Indien a toujours cherché le meilleur moyen pour marcher dessus et vivre en harmonie avec la nature. »

- Phrase indienne transmise de génération en génération 

Les origines préhistoriques

Aucune recherche sur le sujet ne précise avec exactitude les origines de la raquette, ni même le peuple ou la culture qui a pu la créer en premier. « La raquette semble être apparue à une époque plus ancienne que la roue. Les plus anciens documents datent l'avènement de la roue d’environ 3 500 av. J.-C., alors que le ski aurait déjà existé à un état assez perfectionné vers 6 000 av. J.-C., comme le prouve cette gravure de l'âge de pierre retrouvée en Norvège. »

Étant donné l'aspect sophistiqué du ski, il est logique de penser qu'un « soulier de neige » a d’abord été inventé afin de faciliter le mouvement naturel de la marche sur la neige sans s'y enfoncer, et ce, avant même de penser à glisser sur celle-ci. Il est aussi plausible de penser que l'homme a pu s'inspirer de la faune active en hiver, soit observer la façon dont les animaux se déplacent efficacement sur la neige sans s'y enfoncer et tester divers matériaux et formes pour optimiser sa flottaison.

Pendant plusieurs milliers d'années, la raquette a été un objet de première nécessité, indispensable à tous les peuples confrontés à l'hiver pour chasser, trapper, se déplacer sur de courtes ou longues distances, communiquer, découvrir et survivre.

Raquettes primitives


Yougoslavie et Tchécoslovaquie (Davidson)

Inuits, St. Lawrence Island, Alaska, É.-U. (Nelson)

Tchouktches, Sibérie (Mason)

Yokohama, Japon (Mason)

Région de Banská Bystrica, Tchécoslovaquie (Martin)

Région de Cadca, Tchécoslovaquie (Martin)

Région de Roznava, Tchécoslovaquie (Martin)

Suède (Davidson)

Région de Humenné, Tchécoslovaquie (Martin)

Suède (Davidson)

De ces hypothèses est née une approche évolutionniste selon laquelle plusieurs peuples confrontés à la neige à différentes périodes de leur évolution ont inventé simultanément cet objet, la raquette, sous des formes diverses.

La deuxième explication de la diffusion de la raquette sur plusieurs continents nordiques est la transmission interethnique d’éléments culturels. Ce sont les peuples d'Asie centrale qui, par le détroit de Béring, auraient apporté les raquettes en Amérique du Nord, et ce, de 30 000 à 5 000 ans avant J.-C. lorsque les époques glaciaires le permettaient.


Les raquettes les plus primitives auraient donc permis la migration de peuples vers le continent américain par le détroit de Béring.

Trois éléments de preuve viennent appuyer l'hypothèse d'un passage de l'Asie à l'Amérique en raquettes. Le premier réside dans le fait que l'Amérique s'est peuplée par immigration. Selon des recherches ethnologiques approfondies, il y aurait eu plusieurs vagues d'immigration entre les années 30 000 et 5 000 av. J.-C., c'est-à-dire à la toute fin de la dernière glaciation ou immédiatement après celle-ci. Même si les immigrants n'apportaient pas de documents ni d'objets reflétant leur mode de vie, ils véhiculaient leur culture, leurs coutumes, leur langage et leurs pensées. L'une de ces vagues migratoires est à l'origine de la civilisation nord-américaine, civilisation axée exclusivement sur la chasse, la pêche et la cueillette, qui à cette époque n'avait généralement pas dépassé l'âge de pierre.

Toute la culture matérielle de cette civilisation s’est développée en fonction de ses besoins : importance primordiale des armes, habitat mobile, moyen de transport adapté à la géographie du milieu. Il est donc tout à fait possible que l'un des groupes d'immigrants, connaissant la raquette par l’Asie, s'en soit servi pour affronter l'hiver nord-américain.

Le second élément de preuve repose sur la répartition géographique de la raquette de type discoïde (en forme de disque). Cette répartition s’effectue de façon continue depuis l'extrême ouest de la Scandinavie jusqu'au Nouveau-Mexique, en passant par le sud de l'Asie et tout le long de la côte ouest de l'Amérique.

Enfin, le troisième élément de preuve résulte d’une autre répartition continue, celle de la raquette de type lancéolée (en forme de pointe de lance), qui est présente sans interruption des îles Kouriles à l'Ontario, en passant par la presqu'île de Tchoukotka, l'Alaska, le Yukon et les Prairies.

Évolution moderne de la raquette à neige

Tous ceux qui ont écrit au sujet de la raquette à neige s'entendent pour dire que ce sont les Indiens d'Amérique du Nord qui ont perfectionné la raquette traditionnelle telle que nous la connaissons aujourd'hui, car les modèles d'Europe et d'Asie en sont restés à un stade primitif pendant plusieurs milliers d'années. Les peuples d'Europe et de Scandinavie ont préféré développer un objet qui a une fonction similaire, mais qui possède des propriétés différentes : le ski.


Skis en bois chaussés de fourrure de phoque, Gilliaks, Amur, Asie (Mason)

La raquette à neige, sous sa forme évoluée, a été introduite en Europe par les premiers colons de la Nouvelle-France (Amérique du Nord) vers 1600. Lors de leurs voyages, ces derniers apportaient la raquette en Europe, concrètement ou dans leurs récits (écrits ou oraux).


Les Indiens en raquettes d'après La Hontan

Au tome III du récit de ses voyages, page 164, année 1608, le fondateur de Québec, Samuel de Champlain (1567-1635), qui s'est allié aux nations huronne et algonquine, écrivait : « L'hiver quand les neiges sont grandes, ils [les Indiens] font une manière de raquettes qui sont grandes deux à trois fois plus que celles de France qu'ils attachent à leurs pieds; et vont ainsi sur la neige, sans s'enfoncer; car autrement ils ne pourraient chasser ni aller en beaucoup de lieux ».


Peinture de Cartlin montrant une danse de guerre exécutée par des Indiens en raquettes

Archives publiques du Canada

D'où vient le mot « raquette » ?

Il semble que les premiers colons français, en arrivant en Nouvelle-France vers 1604, aient immédiatement donné le nom de raquettes à ces chaussures pour la neige parce qu'elles ressemblaient à l'instrument dont on se servait en Europe pour jouer au jeu de paume, la rachète, qui est l'ancêtre du tennis que l'on connaît aujourd'hui.

L'importance de la raquette pour la colonisation de la Nouvelle-France 

À quel point la raquette a-t-elle été utile ? Sans elle, les missionnaires et les découvreurs des premiers temps de la colonie n'auraient pu suivre les Indiens dans leurs pérégrinations à travers les plaines et les bois.

Sans elle, les trappeurs et les traiteurs n'auraient pu traquer les bêtes à fourrure jusque dans les repaires lointains.

Sans elle, nos aïeux auraient difficilement pu communiquer entre eux ou s'occuper de leurs travaux. Aux temps anciens, la raquette était à l'hiver ce que le canot était à l'été : un instrument de première nécessité.

Les Amérindiens avaient donc développé et perfectionné des moyens de transport adaptés aux saisons. Quand le froid figeait les routes naturelles, il fallait se déplacer à pied. Dès qu'une épaisseur suffisante de neige était tombée, ils chaussaient leurs raquettes.

À l'arrivée des Blancs dans l'est américain, il n'y avait pour tout réseau routier que les cours d'eau et quelques sentiers battus là où les embarcations devaient être portées. Les Blancs se sont donc installés près de ces voies naturelles et ont adopté les moyens de transport existants : le canot ou la raquette, selon la saison. Les colons blancs ont chaussé la raquette uniquement parce que c'était le seul moyen de se déplacer sur la neige, et ce, jusqu'à ce qu'ils réussissent à modifier le milieu environnant. Québec n'avait pas un siècle d'existence que certains colons pouvaient passer l'hiver sans chausser leurs raquettes une seule fois parce qu‘on entretenait déjà des bouts de routes sur lesquelles ils pouvaient circuler à cheval.

Si, d'une part, le développement normal de la colonie a permis peu à peu à un nombre croissant de gens de profiter de modes de transport plus confortables que la raquette, des circonstances ont d’autre part obligé certaines gens à continuer de « marcher le pays » pendant la saison froide, et cela jusqu'au 19e siècle. Les premiers tronçons de route ne rayonnaient qu'à partir des grands centres, Québec, Trois-Rivières et Montréal, limitant l'emploi des véhicules à ces endroits. Plusieurs personnes devaient employer régulièrement les raquettes pour se déplacer en hiver, notamment les habitants des régions éloignées.

Les explorateurs et la raquette

Les explorateurs, interprètes et coureurs des bois formaient un groupe à part parce qu’ils obéissaient tous à des impératifs politico-économiques. La recherche du passage, la formation d'alliances avec les nouveaux peuples rencontrés et l'appât des fourrures les ont amenés à entreprendre des expéditions de longue durée.

Comme ils se trouvaient presque constamment dans des régions inconnues, ces hommes ont rapidement adopté le mode de vie des autochtones qu’ils fréquentaient, car leur survie en dépendait. Pour certains esprits qui, comme Pierre-Esprit Radisson, avaient adopté ce métier d'explorateur et de coureur des bois, la raquette était devenue l'objet le plus important en saison hivernale, celui pour lequel ils auraient tout sacrifié en certaines circonstances. Un homme pouvait posséder une fortune en fourrures au terme d'une expédition; il n'aurait pas survécu assez longtemps pour toucher la valeur de son labeur s'il s’était retrouvé seul en forêt sans raquettes en hiver.

Voici un extrait d'un récit d'aventures de Radisson lors de son quatrième voyage dans l'Ouest canadien : « Un soir, je trouvai la hutte et la couvris avec des branches qui étaient déjà toutes coupées. Comme je m'assoupissais, le feu s'y déclara, ce qui me réveilla à demi, fatigué comme je l'étais, pour me sauver de cet incendie. Mes raquettes, mes chaussures et mes bas m'avaient sauvé la vie; je me devais de les sauver. Je les pris et les lançai aussi loin que je pus, dans la neige. L'incendie terminé, je fus obligé de les chercher à la noirceur dans la neige, nu, harassé et presque mourant de faim. »

Voilà à quel point la raquette était de première nécessité pour ces aventuriers.

L'armée et la raquette

Pour l'armée, la raquette n'était pas un élément vital comme elle pouvait l'être pour les coureurs des bois ou les missionnaires, mais elle représentait sans contredit un élément stratégique fort original. La partie septentrionale de l'Amérique présentait, en hiver surtout, d'excellentes conditions pour faire la guérilla. Les colons français du Nord, qui avaient davantage adopté le mode de vie amérindien que leurs ennemis du Sud, pouvaient se livrer à une technique de lutte militaire qui consiste à tirer profit de la connaissance du terrain pour frapper l'ennemi par surprise et se retirer avant la contre-attaque.

L'utilisation de la raquette à des fins stratégiques allait révéler toute son efficacité grâce à un génie militaire et un maître de la guérilla : Pierre LeMoyne d'Iberville. Recrutant des Canadiens habitués à l'aviron et aux longues marches en raquettes, il a tiré parti du terrain et du climat pour mener ses attaques à des lieux et moments imprévus par l'ennemi.

On raconte que le 9 janvier 1666, le gouverneur français De Courcelles est parti de Québec avec 500 hommes en raquettes. Chaque soldat transportait sur ses épaules tout ce dont il avait besoin pour survivre : nourriture, couvertures, etc. Les soldats auraient longé le Saint-Laurent et le Richelieu puis traversé les lacs Champlain et Georges, pour une marche de 1 000 milles (1 600 km).

L'armée royale française s'est même équipée de raquettes au cours de la période 1763-1775 lors de la fondation de la Nouvelle-France, ainsi que lors des batailles avec les « indépendantistes américains » contre les Anglais (près des frontières du Québec et au nord de la Nouvelle-Angleterre). Ces Européens jugeaient que c'était le seul et meilleur moyen de se déplacer sur la neige.

De nos jours, les soldats canadiens utilisent toujours les raquettes comme équipement militaire de base. Par contre, celles-ci ne sont plus faites de frêne et de babiche mais possèdent un cadre en magnésium, des crampons en aluminium, un pivot rigide, un tamis en fil d'acier et un harnais en nylon. Raquettes GV est le fier fournisseur des Forces armées canadiennes.

Changements sociopolitiques qui ont influencé l'importance de la raquette

Au tournant du 18e siècle, de nombreuses transformations ont modifié profondément la société canadienne-française. Des événements comme le Traité de Paris (1763), l'arrivée massive d'environ 5 000 loyalistes lors de la Révolution américaine, l'Acte de 1791 et l'Acte d'Union de 1840 ont non seulement marqué l'histoire politique du pays, mais se sont aussi répercutés directement sur son évolution.

Conséquences :

  • Nouvelle délimitation géographique du territoire canadien;
  • Augmentation rapide de la population au sein de laquelle une classe bourgeoise marchande à vocation impérialiste succède à une aristocratie mercantile;
  • Adaptation des colons explorateurs à un régime sédentaire favorisant l'essor des villages et villes;
  • Interdiction frappant les coureurs des bois en 1672 et en 1709 les obligeant à modifier leur style de vie et à diminuer leur utilisation de la raquette;
  • Apparition d’entreprises forestières vers 1830 et conversion des coureurs des bois en bûcherons – ce sera le début de la fin de la profession de coureur des bois;
  • En un siècle et demi de colonisation sous le régime français, la population canadienne s'élève à 175 000 habitants. Un autre siècle plus tard, elle voit sa démographie exploser à 2 750 000 habitants. La création de plusieurs villages ainsi que d'un réseau routier élaboré permettent l'utilisation du cheval à longueur d’année. La raquette perd alors pour la première fois son rôle d'article de première nécessité pour la majorité des colons. Seuls les Indiens et un groupe de colons ruraux conservent la raquette comme moyen de déplacement essentiel en hiver.

1 Lanctôt, Gustave. Histoire du Canada, tome 3, p. 342.
2 Wade, Mason. Les Canadiens français, tome1, p. 367.

Naissance d'un nouveau sport : la raquette

Il a fallu attendre tout près de 250 ans, soit de la découverte de la raquette indienne rustique par Samuel de Champlain jusqu'à l'année 1840, pour que cet objet retienne l'attention d'un groupe de Canadiens. Voyant décliner la pratique de la raquette, des groupes de personnes se sont rassemblés et organisés, ont formé des clubs de raquetteurs et ont réglementé la pratique de ce sport : on assistait à la naissance des clubs de raquetteurs.

Le premier club à voir le jour a été le Montreal Snowshoe Club, créé en 1840 par des anglophones dans la métropole canadienne. À partir de trois ans plus tard, ce club organisait des courses annuelles au vieux champ de courses de la rivière St-Pierre, situé aujourd'hui dans la ville de Verdun. Indiens et Blancs luttaient de vitesse et ces tournois sont devenus des événements. Cette association a fait naître d'autres clubs, les deux clubs canadiens-français les plus connus à Montréal étant Le Canadien de Montréal, fondé le 20 novembre 1878, et Le Trappeur de Montréal.

Pendant plus de soixante ans, plusieurs clubs de raquettes ont été créés dont n’en voici que quelques-uns :

Ottawa 
Snow Shoe Club, 
fondé en 1881
Club de Raquette 
Frontenac de Québec

fondé en 1883
Club de Raquette 
Le Huron de Québec

fondé en 1884
Club de Raquette 
de Lévis

fondé en 1886

Ces clubs organisaient des sorties hebdomadaires et ont été pendant plusieurs décennies réservés uniquement aux hommes. Ils étaient régis avec sérieux et seuls les membres en règle y étaient acceptés.

Faisant suite à un essor constant des clubs, l'Union canadienne des raquetteurs a été créée le 8 mars 1907 et constituée le 9 novembre de la même année. La première assemblée de l'Union avait lieu à Québec les 25 et 26 janvier 1908.

À sa première assemblée annuelle, l'Union canadienne des raquetteurs comptait 25 clubs (canadiens-anglais, canadiens-français et canadiens-irlandais) représentant 800 raquetteurs qui aimaient tous ardemment la pratique de ce sport et étaient unis dans un même esprit d'enthousiasme et de loyauté.

Au cours des sept premières années de son existence, l'Union a remporté d'éclatants succès. Elle a contribué à la formation de plusieurs clubs de raquetteurs. En 1911, elle comptait 52 clubs de raquettes affiliés, y compris 3 clubs de Winnipeg. En 1924, une branche de l’Union était organisée dans l'Ouest canadien et englobait les 10 clubs de cette partie du Canada.

L'année 1924 a été mémorable dans l'histoire de l'Union : le sport de la raquette s’est organisé aux États-Unis dans l'État du Maine, et l'année suivante avait lieu le premier congrès international de la raquette à Lewiston, au Maine également. C‘est à la suite de ce congrès qu’était fondée l'Union américaine des raquetteurs, qui comptait en 1930 dix-huit clubs d'hommes et quatorze clubs de dames.

En novembre 1932, le Comité international du sport de la raquette était constitué. Ce comité était composé de l'Union canadienne (branches de l'Ouest et de l'Est) et de l'Union américaine des raquetteurs. Le but de ce comité était de promouvoir le sport de la raquette, d'améliorer les unions et les courses et de voir à la bonne entente entre tous les clubs.

Puis, en 1970, la Fédération des Clubs de raquetteurs de la province de Québec a été constituée afin d'organiser les activités de toutes les associations régionales et de regrouper tous les clubs locaux de raquetteurs. Elle est devenue par la suite la Fédération québécoise de raquette et de randonnée pédestre, aujourd'hui connue sous le nom de la Fédération québécoise de la marche.

C'est donc à partir du 19e siècle que la raquette a officiellement occupé un double rôle, soit d’objet de première nécessité pour les explorateurs, arpenteurs, trappeurs et travailleurs forestiers, ainsi que d’article de sport.

La raquette est et restera à jamais un symbole de courage, d'aventure et de témérité pour les Canadiens, un symbole qui nous rappelle que des milliers de colons canadiens-français et canadiens-anglais ont parcouru en hiver notre beau pays à la marche sur des milliers de kilomètres pour nous donner aujourd'hui le loisir de profiter de superbes paysages hivernaux en raquettes.

L'origine des raquettes traditionnelles canadiennes

La raquette à neige a toujours été fabriquée par les diverses nations indiennes d’Amérique du Nord. Chaque nation a développé une forme adaptée aux besoins du milieu dans lequel elle s'était établie. Selon la nation, le cadre était fabriqué en bouleau blanc ou en frêne, ce dernier ayant la faveur populaire grâce à ses propriétés adéquates. Au cours des siècles, les Amérindiens ont perfectionné le tressage pour optimiser la flottaison ou l'adhérence.

La plupart du temps, les raquettes étaient tressées en peaux de cerf de Virginie, de caribou ou d'orignal. La peau d’orignal était la plus appréciée, car elle conservait une meilleure tension que celle des autres cervidés. Depuis l'introduction de la vache par les Européens, la peau de cet animal a grandement été utilisée parce qu’elle offrait les mêmes propriétés que celle des cervidés, mais aussi parce que les bovidés étaient présents en grand nombre. Elle est toujours utilisée de nos jours.

À l’époque, il était possible de déterminer la nation d'un Indien ou de savoir de quelle région le colon blanc venait seulement par la forme de ses raquettes. On peut identifier cinq formes historiques de raquettes inspirées de formes précises :

  • Lance
  • Feuille
  • Disque/poire
  • Ellipse
  • Ove

Lance

La catégorie des lances est aujourd'hui caractérisée par le modèle Ojibwe, qui tire son origine de la nation du même nom. Cette nation s'est installée le long des Grands Lacs canadiens, soit les lacs Michigan, Érié, Huron, Ontario et Supérieur, qui débordent vers les États-Unis. On retrouve aussi ces modèles en Saskatchewan et au Manitoba puisque la topographie du terrain favorise ce modèle de raquettes. Dans cette catégorie se trouve aussi le modèle Alaskan (appelé aussi Yukon ou Pickerel), qui tire son origine des nations installées au Yukon et en Alaska.

Feuille

La catégorie des feuilles est caractérisée par le modèle Huron, aussi appelé Algonquin ou Maine, et tire son origine de la nation huronne. Ce modèle était fortement répandu le long du Saint-Laurent et vers l'est des États-Unis. C’était aussi celui des premiers colons français puisque Samuel de Champlain, fondateur de Québec, entretenait d'excellentes relations avec la nation huronne, qui couvrait un territoire de chasse s’étendant du lac Huron jusqu'à Tadoussac.

Disque/poire

Cette catégorie se distingue par un modèle bien particulier communément appelé Montagnais, qui tire ses origines de la nation du même nom. Sa forme spécifique n'offre pas une grande efficacité de marche sur de moyennes ou longues distances, car la largeur extrême de ce modèle limite les mouvements et rend la marche inconfortable. Par contre, ses propriétés de flottaison sont indiscutables. Ce modèle n'ayant jamais eu la faveur populaire dans le milieu commercial, il n'en est pas moins important dans l'histoire des raquettes traditionnelles.

Ove

Cette catégorie est caractérisée par la Patte d'ours, qui est le deuxième modèle traditionnel en importance après le modèle Huron. Cette raquette tire son origine des nations de l'est du Canada et des États-Unis. Elle est courte, légère, efficace et maniable en forêt dense et sur des terrains peu montagneux.

Ellipse

Cette catégorie est caractérisée par la Patte d'ours modifiée. C'est l'ancêtre de la raquette moderne en aluminium. Sa forme idéale offre la meilleure ergonomie grâce à un cadre moins large (8, 9 ou 10 pouces) et à sa forme allongée (entre 21 et 36 pouces). Offrant maniabilité et flottaison, ce modèle a été développé par les Indiens de l'est du Canada et des États-Unis au milieu du 20e siècle.

Révolution technologique qui a relancé le sport de la raquette

La raquette traditionnelle en bois a été la seule catégorie de raquettes sportives sur le marché pendant plusieurs millénaires. Ce monopole lui a conféré sa force, mais a également été la cause de son déclin. L'arrivée en Amérique du Nord des immigrants européens pendant les Première Guerre et la Seconde Guerre mondiales a permis l'essor de nouveaux sports d'hiver jusqu'alors inconnus des Canadiens, dont le ski. Ce même sport que les Européens avaient si bien perfectionné il y a des milliers d'années au détriment de la raquette était fait pour devenir le sport d'hiver à la mode.

Le ski alpin et le ski nordique font partie de la culture européenne. Une fois arrivés au Canada, les Européens se sont intéressés aux montagnes canadiennes ainsi qu’aux longs hivers recouverts d'épaisses couches de neige. Ils se sont alors empressés de développer cette mine d'or inexploitée. Des stations de ski alpin et circuits de ski de fond balisés et entretenus sont apparus dès le début du 20e siècle, ce qui a changé les habitudes sportives des Canadiens.

La pratique de la raquette a donc perdu en popularité et des clubs de raquettes sont disparus. Seuls quelques-uns ont survécu aux nouveaux sports d'hiver. La raquette est pourtant demeurée un outil de travail essentiel, même si la venue de la motoneige a elle aussi favorisé son déclin. Il faudra attendre les années 1980 pour que la première révolution technologique puisse faire renaître de ses cendres le sport de la raquette grâce à l'introduction de matières plastiques et de l'aluminium dans la fabrication. Les matériaux composites ont permis de révolutionner les formes, les dimensions, le poids et les caractéristiques des raquettes modernes.

La plus grande innovation a été l'ajout de crampons sous la raquette pour permettre une adhérence jusqu'alors inexistante. L’ajout des nouveaux matériaux a fait apparaître bon nombre de fabricants désireux de se lancer dans la fabrication commerciale, qui ont rivalisé d'ingéniosité. Par contre, seuls les plus aguerris ont réussi commercialement.

Voici les caractéristiques qui ont permis de révolutionner la raquette à neige :

  1. Nouveaux matériaux : L'aluminium et les polymères ont permis de créer des formes nouvelles et très efficaces adaptées aux divers terrains et utilisations.
  2. Nouvelles formes : Les nouveaux matériaux ont permis de réduire de 50 % la dimension de la raquette pour une efficacité de flottaison identique à celle des anciens modèles.
  3. Légèreté : Les nouveaux matériaux ont permis de réduire le poids des raquettes de 40 %, pour une flottaison accrue.
  4. Adhérence : L'ajout de crampons en aluminium ou en acier inoxydable a permis à la raquette de retrouver la faveur populaire en offrant un terrain de jeux jusqu'alors inaccessible en raquettes traditionnelles : la montagne.
  5. Harnais ergonomique : La plus grande faiblesse des raquettes traditionnelles était le harnais, qui ne soutenait pas le pied de façon adéquate, ce qui sur de longues distances rendait le pas de marche peu efficace et la randonnée ardue. Les nouveaux harnais sont faits de Hytrel ou d’oléfine, entre autres, et permettent un ajustement ergonomique à toute température, sans réagir à l'humidité.
  6. Système de pivot : La création d'un pivot, surtout le Energy Saver™ de Raquettes GV, a rendu possible pour la première fois un pas de marche efficace et précis grâce à un contact constant entre la raquette et la neige. Ce système donne la possibilité de garder le pivot dans l'axe de rotation et d’annuler ainsi tous mouvements latéraux. Il permet également une prise performante des crampons dans la neige durcie ou sur la glace, pour une adhérence optimale.
  7. Système d'attache à cliquet : Ce système utilisé par Raquettes GV, inspiré de ceux utilisés par les fixations de planches à neige, permet un ajustement précis, rapide et facile en toutes circonstances. L'avantage des boucles à cliquet est significatif, car la force de serrage est inégalée par rapport aux autres systèmes. Les boucles maintiennent la tension exigée, et surtout, elles ne gèlent jamais.
  8. Entretien facile : Les nouveaux matériaux n'exigent plus un entretien particulier : les raquettes peuvent être remisées n'importe où pendant la saison estivale et ne nécessitent aucun ajustement ou traitement précis. Seule une inspection visuelle des composants est nécessaire pour savoir si elles sont fonctionnelles ou non.

C'est en grande partie grâce aux améliorations mentionnées que la raquette à neige est redevenue un sport prisé des amateurs de plein air d'hiver. C'est aussi en raison du faible coût à l'achat que ce sport gagne en popularité auprès des familles. En effet, il permet de se divertir en famille ou entre amis à peu de frais et le transport des raquettes est facile puisqu’elles prennent peu de place. Comme tout sport qui se respecte, des accessoires accompagnent maintenant la pratique de la raquette, comme les sacs de transport pour ranger l'équipement, les bâtons de marche télescopiques pour équilibrer le corps dans les descentes et montées et répartir les points de pression du corps, les bottes d'hiver sportives isolées, légères et hydrofuges, ainsi que les guêtres pour éliminer l'infiltration de neige dans les bottes.

Raquettes GV est un pionnier dans le secteur de la fabrication des nouvelles raquettes à neige. Nos efforts en recherche et en développement permettent de créer de nouveaux produits techniques et sophistiqués et d'offrir aux adeptes des produits qui révolutionnent le sport par leur ingéniosité et leur efficacité.

Conclusion

Depuis toujours, les raquettes sont fabriquées artisanalement par les nations indiennes. Or parmi toutes ces dernières, seule la nation huronne a su développer, perfectionner et innover pour commercialiser la raquette telle qu’on la connaît aujourd'hui, et ce, à l'échelle internationale.

Voici deux extraits de textes historiques authentifiant la nation huronne comme fabricante de raquettes :

« Affrontant les intempéries, ces raquetteurs, comme leurs ancêtres trappeurs ou coureurs des bois, sentent couler en eux, sinon le sang, du moins l'esprit amérindien. D'ailleurs les souliers mous et les raquettes utilisés à Québec à cette époque (1894) proviennent du Village huron de la Jeune Lorette. »

- Extrait d'un récit historique par Jean-Marie Lebel, historien

« ... par la suite, les Indiens dominèrent longtemps jusqu'à très récemment, l'industrie de la raquette. Même encore aujourd'hui, les meilleures raquettes, et les moins dispendieuses, sont fabriquées dans les réserves indiennes. Au petit village de la Lorette, par exemple, près de Québec, les descendants de la tribu des Hurons fabriquent un excellent produit vendu dans tout le Canada et les États-Unis. »

- Extrait du livre La raquette, par William Osgood et Leslie Hurley

Aujourd'hui, Raquettes GV, établie en 1959, fabrique plus de cinquante modèles de raquettes en divers matériaux : aluminium, composites, magnésium. Fière de son histoire et confiante en l'avenir de la raquette, l’entreprise fabrique des produits de haute qualité selon un héritage traditionnel millénaire.

C'est toujours la même passion qui nous anime : celle de découvrir les plus beaux décors que l'hiver peut nous offrir et de vivre des aventures en nature, partout dans le monde où il y a de la neige.

Bibliographie

Carpentier, Paul. La raquette à neige. Sillery, Éditions du Boréal Express, 1976, 115 p.
Lamory, Jean-Marc. La raquette à neige. Édition Didier Richard, 1995, 112 p.
Clubs Alpins Jeanne D'Arc. La raquette. Imprimerie de l'avenir national, 1937, 75 p.
Osgood, William et Leslie Hurley. The Snowshoe Book. 3e édition, 1983, 135 p.
Osgood, William et Leslie Hurley. The Snowshoe Book, 1974, 133 p.
Savignano, Phil. La raquette. Outremont, Éditions du Trécarré, 2001, 53 p.
Prater, Gene. La raquette. Édition Marcel Broquet, 1983, 215 p.
Edwards, Sally et Melissa McKenzie. Snowshoeing. 1995, 123 p.